Le lot qu'on n'a pas eu (encore)
Ça se passe encore lors d’une des fins de semaine de ventes de garage et de débarras à Saint-Hyacinthe. Quand on part de Saint-Pie, Daniel (Dupré) et moi, on commence par sillonner La Providence, un quartier de l’autre bord du pont. Et inévitablement, on va à la vente de garage du monsieur qui a des films, mais ne veut pas nous les prêter. J’explique. C’est un collectionneur, même qu’il est à la tête d’une association de collectionneurs. Quand c’est la fin de semaine des ventes de garages à Saint-Hyacinthe, il sort des tables, les remplit de son trop-plein. Des choses parfois bien intéressantes. Un bon samedi, on voit cette vente, on achète des trucs, on parle au monsieur. Du projet, comme toujours. S’il a des films? Et comment qu’il a des films! Et il nous fait visiter son sous-sol, rempli à ras bord d’objets plutôt rares et anciens. Beaucoup de photos sur les murs et les poutres, des pans d’histoire de Saint-Hyacinthe. Personne n’a une collection comme la sienne, affirme-t-il. C’est sans doute vrai. Il nous pointe du doigt la pile de grosses bobines de films en 16mm. Nous dit que c’est très rare, qu’il y a là -dessus Saint-Hyacinthe dans les années 30. On est très alléchés. On lui dit qu’on lui ferait la numérisation gratuitement pour pouvoir utiliser les films dans notre série d’émissions. Il semble d’accord. Mais à condition de lui laisser du temps. Pas de problème: on repassera à la prochaine vente de garage. Et on repasse. Et on le relance. Et il n’est pas prêt. Et on repasse l’année d’après, en mai, à la fin août. Même manège. Ça fait bien six ou sept ans que ça dure. Les dernières fois, on a insisté. Plus l’émission se concrétisait, plus on avait des arguments. Et plus le monsieur s’esquivait. On a fini par comprendre que, pas méchant au demeurant, c’est le type même du collectionneur agace. Le type «Voyez ce que j’ai!» Le type «Voyez ce que vous n’aurez jamais parce que c’est à moi! À moi et rien qu’à moi!» La Société d’histoire de Saint-Hyacinthe a essayé d’obtenir copie de ses photos pendant des années. Rien à faire. Qu’à cela ne tienne: on y retourne, on y retourne encore, et on y retournera. À l’usure, peut-être cèdera-t-il. En regardant J’AI LA MÉMOIRE QUI TOURNE à Historia, soyons positifs, il constatera la validité de l’entreprise, le bien-fondé de la mission. Qui sait, il sera peut-être jaloux des autres fournisseurs de trésors et voudra en être. On peut rêver. En tous cas, nous, on ne renonce pas. Ces films doivent être vus, partagés. Notre monsieur, comme nous d’ailleurs, n’est qu’un dépositaire temporaire de toute cette matière historique: tôt ou tard, une passation aura lieu. Puissent ces films ne pas se perdre en chemin ou pourrir dans un sous-sol. Les films, ça se détériore. Les émulsions mal protégées de films en 16mm finissent par contracter le «syndrôme du vinaigre», et quand il n’en reste que poussière, ils n’impressionnent plus personne. Eh! Monsieur le collectionneur! Il n’est pas trop tard! On est là ! Toujours là !