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  • L'extraordinaire lot de films du papa de France et Thaïs Pelletier

    Une lettre. Pas un courriel. Une lettre manuscrite. Thaïs Pelletier m’écrit, en date du 20 novembre 2003, ces mots : «Je sais que vous vous intéressez aux films amateurs tournés en 8 et en Super 8. Mon père, qui est décédé en 2002, a longtemps filmé pour son plaisir différentes scènes de son quotidien et du nôtre. Nous avons hérité, ma soeur et moi, de ces films qui datent des années 50 jusqu’aux années 80. Mon père était cuisinier sur les bateaux de marchandises avant son mariage, il a donc filmé un peu partout à travers le monde (Cuba, Japon, Panama, New York, tempête en mer, etc.). Ensuite, il a surtout filmé sa famille lors de divers événements (mariages, sorties, party, Expo 67, etc.). [...] Est-ce que vous seriez intéressé à les récupérer?» Je me souviens de notre rencontre. La jolie petite maison dans le quartier Rosemont. Une femme menue, gentille. On a parlé de son père, qui les filmait tout le temps, sa soeur et elle. Tellement tout le temps que c’était presque trop tout le temps, à la fin. Je me souviens du moment où elle me montre les coffrets de métal avec les films dedans. J’en suis tout abasourdi. J’ai dû écarquiller les yeux. Dix coffrets! dont trois coffrets de films 8mm, trois fois douze bobines de 200 pieds. Les plus anciens, ceux des années 50 et du début des années 60: tout est numéroté, annoté, ordonné. Les autres coffrets sont plus gros, contiennent des 400 pieds de Super 8. Je calcule dans ma tête. Ça fait quelque chose comme douze fois 400 pieds, multiplié par sept coffrets. Des milliers et des milliers de pieds de films de famille. Ça me fait un peu peur: à cette époque, le projet démarre à peine, on n’est pas équipés pour faire les transferts rapidement. Je dis à Thaïs Pelletier que ça va être long. Je prends seulement les 8mm. Pour les lui remettre, ces transferts, il a fallu des années, et surtout la mise en marche de la numérisation à grande échelle une fois François Auger, notre expert technicien, notre as des transferts, impliqué dans le projet, et surtout à partir du moment où Éric (Ruel) et Guylaine (Maroist) se sont passionnés pour cette incroyable aventure et, avec leur compagnie de production de films, se sont mis à chercher (et trouver) un diffuseur et les sous. Je n’en reviens toujours pas que Thaïs Pelletier nous ait attendus si longtemps. C’était pas de la mauvaise volonté, on ne pouvait pas faire autrement, mais ça devenait gênant. Aujourd’hui, quand on regarde les quatre émissions de la première série de J’AI LA MÉMOIRE QUI TOURNE, on se dit qu’on n’aurait pas pu faire sans le lot de films de M. Pelletier. Elles sont partout dans ses films, Thaïs et France. On les appelle Thaïs et France maintenant, les films nous sont tellement familiers. C’est vrai que leur père les filmait tout le temps. Ce qui est vrai aussi, c’est qu’il les filmait bien, tout le temps. Très, très bien. Tout un cinéaste amateur! Son angle préféré, c’est le trois-quarts dos. On voit Thaïs ou France, et on voit ce qu’elles voient, une parade du père Noël, par exemple. Des plans parfaits. M. Pelletier filme tous les événements de la vie de sa famille. N’oublie rien. Étape par étape, méthodiquement, il filme. Le départ pour l’école, le retour de l’école, les premiers mots dans le cahier d’écolière, etc. Il titre à qui mieux mieux, regroupe ses films par saison, «Automne 63», «Hiver 63». Tout est là. Maurice Richard avec les Canadiens en 1953, sur la glace du Madison Square Gardien, contre les Rangers, trois minutes en fabuleuses couleurs Kodachrome, c’est lui. Faut voir la tempête en mer dont parle Thaïs Pelletier dans sa lettre. Bonjour les dégâts! Ses films sont échantillonnés souvent, souvent, dans J’AI LA MÉMOIRE QUI TOURNE. On comprend pourquoi. Son regard, si détaillé, si précis, est celui d’un cinéaste professionnel. Et celui d’un homme qui aime vraiment beaucoup sa femme et ses filles. Merci à lui, et merci à Thaïs Pelletier pour sa patience et sa confiance.

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