Nos compagnes trouvent des films
Dans les villes et villages du Québec, depuis quelques années, il y a des fins de semaine assignées aux ventes de garage et de débarras. Pas de permis nécessaire: tout le monde s’y met, il y en a dans toutes les rues. Ça commence par Saint-Hyacinthe, en mai. On fait les ventes de Saint-Hyacinthe en couple, c’est spécial: Daniel Dupré – qui a conçu J’AI LA MÉMOIRE QUI TOURNE avec Olivier Granger et moi (des années avant que le concept soit enrichi par nos producteurs et amis, Éric Ruel et Guylaine Maroist) –, a grandi à Saint-Hyacinthe et demeure pas loin, à Saint-Pie. Alors on se lève indécemment tôt, ma douce aimée et moi, on va rejoindre Daniel et sa compagne Nicole (et leurs enfants) à Saint-Pie, et à 7h piles, Daniel et moi, on part en chasse. Les filles, pas mal moins énervées, prennent leur café relaxe, partent de leur côté quand ça leur tente. Tout ce préambule pour vous dire qu’un certain samedi à Saint-Hyacinthe, ça n’avait pas été fort pour les gars. Pas grand-chose sous la dent. Pourtant, on les avait alignées, les ventes! Alors on revient à Saint-Pie dépités. Les filles sont là , elles rayonnent. Bredouilles, les garçons? «Nous, on en a trouvé-é-é, des films la lèreuuu!» C’était là , sur la table: une caisse de carton pleine! Un méchant paquet: 37 bobines de 200 pieds, huit de 50 pieds (des films formidables, en plus : c’est dans ce lot qu’il y a nos meilleures images de la tempête du siècle). Et on était passés à côté de ça! Nous, qui avions ratissé Saint-Hyacinthe. Bisque bisque rage! Il faut dire qu’elles ont du bagout, nos compagnes. Des jasantes. Des convaincantes. À Saint-Hyacinthe-Annexe, elles avaient remarqué un projecteur dans les affaires d’un monsieur. Parlent au monsieur. Font connaissance (elles prennent le temps, c’est le secret de leur réussite). Oui, le monsieur a des films. Beaucoup de films. Eh! Il a acheté sa première caméra à 17 ans. Il a un nom aussi, le monsieur: Réjean Hébert. Lequel va chercher ses films. Ressort avec sa caisse. Les filles repartent avec la caisse et les coordonnées du monsieur, pour les transferts. Et voilà le travail. Et voilà leurs sourires fendus jusqu’aux oreilles: tiens, les gars, des films! Je vous le dis comme je le pense: sans elles, on n’est bons à rien.